« L’environnement » est vivant : c’est un réseau fluide et changeant de vies animées d’un but et interdépendantes. L’amour et la guerre ne peuvent pas être dissociés. Les fleurs façonnent les abeilles autant que les abeilles façonnent les fleurs. Des baies peuvent être en rivalité pour être mangées plus que les animaux ne rivalisent pour manger les baies. Un acacia épineux produit des friandises aux protéines sucrées pour nourrir et asservir les fourmis qui le protègent. Des arbres fruitiers nous manipulent pour qu’on dissémine leurs graines, et ce sont les fruits mûrissants qui nous ont fait accéder à la vision en couleurs. En nous apprenant comment trouver leur appât, les arbres nous ont appris à voir que le ciel est bleu. Notre cerveau a évolué pour déchiffrer la forêt. Nous avons façonné et été façonnés par les forêts depuis bien plus longtemps que nous ne sommes des Homo sapiens.

Les hommes et les arbres sont des cousins moins éloignés que vous ne croyez. Nous sommes deux créatures écloses de la même graine, parties dans des directions opposées, et qui s’utilisent mutuellement dans un monde partagé. Et ce monde a besoin de toutes ses parties. Et, pour notre part… nous avons un rôle à jouer dans l’organisme qu’est la Terre,… »

(Richard Powers, 2018. L’arbre-monde. Cherche-midi éditeur. Page 481. Traduction de Serge Chauvin, édition originale « The Overstory« , 2018)