En décembre 2019, le Commissariat général au développement durable (CGDD) publiait un document synthétisant l’étude « enjeux de biodiversité en France métropolitaine », menée par l’UMS PatriNat ou Unité Mixte de Service Patrimoine Naturel, regroupant l’AFB (devenue Office français de la biodiversité au 1er janvier 2020), le Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS) et le Muséum National d’Histoire Naturelle (MNHN).

En voici les messages clés (extraits du texte à retrouver en page 5 du document) :

« Contraints par des facteurs géographiques, environnementaux, écologiques ou encore anthropiques, les différentes espèces de faune et de flore montrent en France métropolitaine une répartition hétérogène. Certaines zones apparaissent ainsi plus riches en espèces, d’autres ou les mêmes, hébergent des espèces rares, voire endémiques.

Une analyse selon un maillage régulier du territoire montre que certaines mailles contribuent plus que d’autres à la biodiversité globale de la métropole. Ces zones peuvent être considérées comme des « points chauds » de biodiversité. Leur identification nécessite une hiérarchisation des enjeux de biodiversité. Celle-ci peut être réalisée en s’appuyant sur un processus d’optimisation spatiale afin de déterminer les meilleures combinaisons de mailles représentant tous les enjeux de biodiversité du territoire. La répétition de ce processus d’optimisation permet alors d’attribuer à chaque maille son niveau de contribution à la biodiversité métropolitaine. Plus cette  contribution est importante, plus la maille peut être considérée comme « irremplaçable » pour la composition en espèces qu’elle héberge.

En mobilisant des jeux de données suffisamment structurés et consolidés issus de l’Inventaire national du patrimoine naturel (INPN), qui regroupent plus de quatre millions d’observations relatives à 7835 espèces, soit environ 10 % de la faune et la flore continentales métropolitaines, l’analyse du niveau de contribution de chaque maille met en évidence qu’une part non négligeable du territoire contribue fortement, voire très fortement, à la biodiversité métropolitaine. Selon les choix de paramétrage de l’analyse, les mailles les plus irremplaçables peuvent représenter un cinquième à un tiers du territoire. Ces points chauds de biodiversité sont plus denses sur le littoral, en montagne et dans la zone méditerranéenne.La réduction ou la dégradation des milieux naturels constitue le premier facteur de disparition de la biodiversité. Certains usages des sols peuvent contribuer de manière plus ou moins forte à l’altération ou à la perte de ces milieux naturels. L’analyse de l’occupation des sols met en évidence que les secteurs de grandes cultures ne constituent pas, dans leur ensemble, des zones particulièrement contributives à la biodiversité globale de la métropole. À l’inverse, de fortes pressions liées à l’urbanisation et certaines autres productions agricoles (cultures permanentes) peuvent, potentiellement, s’exercer sur des zones plus ou moins irremplaçables pour la biodiversité qu’elles hébergent et donc de forte patrimonialité.

Les croisements spatiaux entre les mailles plus ou moins irremplaçables et les cartes de pressions potentielles liées aux grandes cultures, aux cultures permanentes et à l’imperméabilisation des sols (bétonnage, asphaltage…) permettent de définir plusieurs niveaux d’enjeux et, ainsi, d’identifier les territoires possiblement sous tension.

C’est notamment le cas en Île-de-France, en Alsace, dans la région bordelaise, dans les vallées du Rhône, de la Loire et de l’Allier ainsi que sur les littoraux des Hauts-de-France, de l’Atlantique Nord et de la Méditerranée.

 

 

 

 

 

 

 

 

La mise sous protection réglementaire forte (cœur de parc national, réserves naturelles…) ou foncière, ainsi que la création du réseau Natura 2000, constituent des réponses possibles face aux atteintes à la biodiversité, découlant, entre autres, des pressions liées à l’usage des terres. La part occupée dans chaque maille par ces différents types d’espaces protégés permet ainsi de définir un premier niveau de réponse. Si globalement les mailles irremplaçables pour leur biodiversité abritent davantage d’espaces protégés que les autres mailles (résultat attendu au regard des modalités de désignation de ces aires protégées), il ressort néanmoins qu’environ un sixième des mailles les plus contributives à la biodiversité globale de la métropole ne sont pas ou presque pas couvertes par de tels espaces protégés.

L’analyse spatiale intégrée des « points chauds » de biodiversité, de certains types d’usages des terres pouvant potentiellement exercer de fortes pressions sur les écosystèmes, et des surfaces d’aires protégées permet de mettre en évidence les zones de vigilance au regard des enjeux nationaux de biodiversité, en identifiant les espaces les plus irremplaçables possiblement soumis à d’importantes pressions et peu ou non concernés par la mise en œuvre de protection des espaces naturels. Ces zones de vigilance nationale représentent au moins 17 % du territoire métropolitain, hébergent plus d’un tiers de la population et sont principalement localisées dans l’arrière pays méditerranéen, la vallée du Rhône, le Bassin parisien, la Flandre, le nord de la plaine alsacienne et le bassin aval de la Loire.

Cette première étude à large échelle explore la faisabilité, la pertinence et l’intérêt de nouvelles approches dans l’analyse des données de biodiversité et leur croisement avec des données de pression et de réponse. Elle ouvre d’intéressantes perspectives, parmi lesquelles un déploiement de la méthode à différentes échelles géographiques, et surtout l’intégration des enjeux régionaux et locaux dans  l’identification des zones de vigilance. »

Pour en savoir plus, consultez l’intégralité de l’étude :

 « Enjeux de biodiversité en France métropolitaine : analyses croisées »