Le programme EFESE, ou évaluation française des écosystèmes et des services écosystémiques, piloté par le ministère en charge de l’environnement, a vocation à former un pont entre sciences, politiques et société.

Depuis ses débuts, en 2012, différents travaux d’évaluation ont été menés en s’appuyant sur une équipe de coordination, un conseil scientifique et technique ainsi qu’un comité national des parties prenantes.

Ces travaux portent sur l’évaluation de l’état des 6 grands types d’écosystèmes français et de leur potentiel en termes de fourniture de services et bénéfices.

La Fondation pour la Recherche sur la Biodiversité (FRB) en a synthétisé les résultats. Voici quelques éléments clés :

Les écosystèmes agricoles, modelés par la demande croissante en produits alimentaires, sont sujets à une forte baisse de l’abondance des espèces qui y sont associées. Or, les agriculteurs peuvent agir sur certains paramètres (distribution spatio-temporelle des cultures et diversité des couverts végétaux ; abondance des auxiliaires de culture, de la faune et des microorganismes du sol ; quantité et qualité de la matière organique du sol ; composition et configuration du paysage) pour favoriser certains services écosystémiques, dont dépend la production agricole.

Les milieux humides et aquatiques, qui abritent une diversité spécifique remarquable (plus d’un tiers des espèces recensées et près de 45% des espèces menacées sur le territoire), sont également essentiels à certains services, notamment de prévention des risques (atténuation des crues, soutien aux cours d’eau en période de sécheresse), comme au maintien de la qualité de l’eau. L’intérêt économique est indéniable…

Les écosystèmes forestiers, qui regagnent du terrain depuis le milieu du 19ème siècle, montrent en France un état contrasté du point de vue de la biodiversité. Certains indicateurs dénotent une amélioration de caractéristiques particulières. Cependant, un quart des habitats forestiers, notamment ceux associés aux milieux humides est en mauvais état de conservation. De cet état et des modes de gestion appliqués dépendent  les services que fournissent les forêts : fourniture de bois, régulation du climat local, stockage du carbone, stabilisation des sols ou activités récréatives et culturelles…

Les ecosystèmes rocheux et de haute-montagne, dont la superficie est réduite, accueillent une biodiversité particulière et emblématique, avec notamment 20% de la diversité végétale européenne. Des services de production et de régulation sont assurés par les différentes formations végétales, dont bénéficient les populations locales : production de fourrage, limitation du ruissellement et de l’érosion des sols… sans compter les multiples services récréatifs. Or, les mutations de l’agriculture, du tourisme et les changements climatiques menacent ces services…

Les écosystèmes urbains présentent des enjeux forts en termes de services de régulation et de  services récréatifs et culturels, qui concourent au bien-être de la population française, dont 77% est citadine. Les espaces de nature en ville, intégrés dans l’espace urbain, prennent des formes, tailles et degrés de naturalité variés, qui peuvent être modelés par des techniques de génie écologique. En dépendent en effet la régulation de l’écoulement de l’eau et de sa qualité, la qualité de l’air, la régulation du climat local ou des nuisances sonores…

Les milieux marins et littoraux subissent un certain nombre de pressions, qui se cumulent et dont l’effet est encore difficilement évaluable avec précision. Les zones côtières, supports d’une production importante de biomasse et d’oxygène sont ainsi les plus sensibles, bien que les espaces de haute mer soient soumis à des pressions dont le nombre est croissant… Or, la structure et le fonctionnement biologique de ces milieux, tout comme certains processus physico-chimiques à l’œuvre dans les océans sont encore mal compris. Une meilleure compréhension est donc un préalable à l’évaluation des effets que produisent les activités humaines et des bénéfices qu’elles en tirent en termes de biens et de services de régulation (climat, protection côtière, activités récréatives et aménités…)

En complément, la séquestration du carbone par les écosystèmes français a été évaluée. Voici quelques éléments de résultats, présentés dans un rapport dédié :

  • « Les écosystèmes terrestres français, principalement les écosystèmes forestiers de métropole constituent actuellement un puits net de carbone très significatif », soit près de 20 % des émissions françaises de 2015. Les espaces agricoles sont selon leur usage, des puits de carbone (prairies) ou émetteurs de carbone (terres cultivées).
  • La séquestration du carbone par les écosystèmes marins, ou carbone bleue, pourrait être importante, notamment dans les zones côtières, mais n’est pas évaluable. En partie liée à l’activité du phytoplancton, elle est cependant majoritairement due à des phénomènes physico-chimiques.
  • « A long terme, les puits de carbone naturels et anthropiques demeurent très incertains et, en l’absence de stratégie d’adaptation, leur réduction serait d’autant plus marquée que le changement climatique sera fort »

 

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