Entretien avec Benjamin Chambelland, Chargé de mission au Grand Projet des Villes de Rive Droite

 

 

 

Le parc des Coteaux, créé en 2003 sur 400 hectares, est un paysage structurant de la métropole bordelaise et est également classé pour partie en site inscrit. Le projet de gestion intercommunale, porté par le Parclab (diminutif de « Laboratoire du parc des Coteaux »), intitulé « La Sagesse des Jardiniers », comprend plusieurs axes. L’objectif est de mettre en œuvre un outil pratique et évolutif pour la gestion et les usages du parc. Il vise à impliquer les élus, les responsables de services et les jardiniers des villes afin de les rendre actifs dans le changement de leurs pratiques. Le parc est géré par quatre services espaces verts, se réunissant lors de plusieurs rencontres annuelles. Ces rencontres sont thématisées et permettent de réaliser des bilans et d’envisager de futures actions.

 

 

 

1. Depuis quand existe le parcLAB et comment a été initié ce projet ?

Il a été initié en 2013 et est animé par le Grand Projet des Villes de Rive Droite (GPVRD). Pendant trois ans, nous avons expérimenté la façon de travailler avec l’ensemble des acteurs, en mettant en place un certain nombre d’actions, notamment des rencontres. Chaque rencontre est organisée à tour de rôle dans les quatre communes constituantes du parc des Coteaux. Toutes les communes sont invitées pendant ces journées. Les matinées se déroulent avec les jardiniers et les responsables de services dans un des dix parcs du parc des Coteaux. C’est un temps d’échange, avec les jardiniers qui ont fait le déplacement, sur des problématiques communes. L’après-midi se déroule avec les responsables de services qui tentent ensemble de rendre opérationnels les échanges de la matinée. En 2015, les membres du parcLAB ont exprimé le besoin de faire appel à un regard extérieur afin de poser collectivement les bases du patrimoine naturel et sociologique du parc des Coteaux. C’est comme cela qu’est venue l’idée de la mise en œuvre d’un plan de gestion intercommunal un peu atypique nommé : La Sagesse des Jardiniers.

2. Beaucoup de partenaires travaillent ensemble, comment s’est organisé le montage de ce projet ?

La réalisation du plan de gestion a suivi deux étapes. La première étape fût celle de l’étude de projet et s’est déroulée en 2016-2017. Elle a été co-financée par le département de la Gironde, l’Agence de l’eau Adour Garonne, Bordeaux Métropole et les quatre villes qui composent le GPVRD. La Région était un partenaire technique sur cette première phase. Le diagnostic écologique s’est étalé sur une année afin d’obtenir un inventaire naturaliste le plus qualitatif possible, en prenant donc en compte les différentes saisons. L’étude sociologique s’est également déroulée sur une année entière afin d’observer les usages sur une période estivale et hivernale. La seconde phase est celle de la mise en œuvre ; elle a commencé en 2017, avec un budget propre. En fin de compte, le plan de gestion est plutôt considéré comme un « guide de gestion », via l’émergence d’une philosophie d’action. En fonction d’un certain nombre d’interactions (écologiques, sociologiques, financières, politiques) et des capacités d’actions correspondantes, on fait évoluer les préconisations en lien avec les personnes qui ont rédigé le plan de gestion initial.

3. Avez-vous rencontré des difficultés particulières pendant le déroulement de ce projet ?

Oui, une certaine impatience s’est manifestée chez l’ensemble des acteurs, car l’envie de mettre en place les idées ayant émergé au cours de la construction du projet était très forte. Nous avions besoin de passer à l’action. L’autre difficulté a été de trouver les fonds afin de pouvoir mener les actions évoquées dans le plan de gestion. Cela nous a demandé une année de plus, à vide, pendant laquelle il a fallu remobiliser nos partenaires et retrouver d’autres financements. La mise en œuvre du plan de gestion a donc pu commencer en 2018. Il faut savoir qu’en France, une partie des plans de gestions ne dépasse malheureusement pas la phase de l’étude par manque de financements pour la mise en œuvre des actions. L’autre frein, mais qui est aussi une richesse, est que l’on se trouve dans une dynamique collective très riche et complexe, avec beaucoup d’acteurs pouvant avoir des hauts et des bas.

4. Depuis la mise en place de ce guide de gestion, est-ce que d’autres grandes actions ont vu le jour ?

Bien sûr, il existe les chantiers communaux, qui ont par exemple abouti à la pause de nichoirs, la gestion des mares, la gestion forestière et la gestion des prairies. Deux grands chantiers intercommunaux ont également permis de mettre en place le pâturage itinérant intercommunal ainsi qu’un programme de formation pour les jardiniers, responsable d’équipes et de services.

5. Pouvez-vous nous décrire cette formation ?

Cette formation volontaire existe depuis 2018 et s’intitule la formation « Maître jardinier du parc des Coteaux ». Elle se déroule sur trois ans. Au total, il y a plus d’une centaine d’heures de formation s’étalant sur six jours par an environ. Elle comporte plusieurs modules de formation comme par exemple : l’apprentissage de la vie du sol, la gestion des déchets verts ou encore des ateliers de sensibilisation aux reptiles et aux papillons.

6. Pouvez-vous nous expliquer la démarche du pâturage itinérant ?

C’est un projet très complexe. Nous sommes en partenariat avec deux conservatoires : le Conservatoire Botanique National Sud-Atlantique (CBN SA) ainsi que le Conservatoire des races d’Aquitaine, qui met le troupeau à notre disposition. Le Conservatoire des races d’Aquitaine effectue un suivi technique via un conventionnement. L’année dernière, le troupeau comptait un peu plus de vingt animaux. Avec les dernières naissances, nous sommes à 34 animaux au total. Une bergère est salariée auprès du troupeau pendant deux ans. Ce projet est cofinancé par le département de la Gironde et par Bordeaux Métropole. Ils assurent également un partenariat technique très étroit.

7. Quelles sont vos principales satisfactions liées à tout ce projet ?

C’est avant tout la dimension collective qui a été un levier pour l’ensemble de cette démarche. De plus, l’espace naturel est vraiment très intéressant et permet de riches observations de faune et de flore locale. Au-delà de cela, on a une énergie humaine très forte autour de ce projet, que ce soit de la part des jardiniers, des élus, des usagers ou encore des partenaires, bien que cette pluralité d’acteurs engendre parfois certaines complications.  Le parc des Coteaux est un support naturel urbain à une démarche sociale.

 8. Est-ce que vous sentez les personnes de plus en plus impliquées dans cette démarche ? 

Tout d’abord, les jardiniers, les responsables de services et les élus concernés sont plus investis depuis la création du parcLAB. Depuis ces trois dernières années, il y a une implication des habitants plus forte via les études sociologiques et via le rayonnement de la démarche du pars des Coteaux, au-delà du domaine public.

 9. Selon vous, cette opération pourrait-elle être reproduite sur d’autres territoires et si oui, à quelle condition ?

Pour ma part, la réponse est liée à la gouvernance. Il est impératif de réussir à fédérer une dynamique collective et d’impliquer les acteurs locaux. Cette implication des jardiniers, des élus locaux et des responsables de services permet de créer une force de proposition et d’action qui continue de faire vivre le projet.

Pour un projet identique sur un autre territoire, on devrait donc se demander quels sont les acteurs de ce territoire et comment réussir à les réunir régulièrement pour faire perdurer le projet. Il est donc nécessaire de prendre en compte tout la complexité locale lorsqu’on réalise ce type de démarche.

Pour aller plus loin :

Si vous le souhaitez, vous pouvez à votre tour faire connaître une ou des initiatives en téléchargeant la note explicative et en envoyant votre proposition via le formulaire en ligne. L’agence étudiera les textes au regard de critères d’éligibilité et vous accompagnera dans leur finalisation.