Entretien avec Emilie DENIS, responsable du pôle Education à l’Environnement de la Fédération de pêche et de Protection des Milieux Aquatiques de Gironde

 

Le pôle Education à l’Environnement de la Fédération Départementale de Pêche et de Protection des Milieux Aquatiques de Gironde a mis en place depuis quelques années un programme nommé « Au fil de l’eau ». Ce programme permet d’aborder spécifiquement des sujets liés aux milieux aquatiques. Depuis 2016, Emilie DENIS travaille sur ce projet afin de le structurer et d’accompagner sa mise en œuvre, principalement à destination du public scolaire de 1er, 2e et 3e cycle et au grand public.

Observation à la longue-vue lors d’une sortie scolaire – © FDAAPPMA 33

 

1. Qu’est-ce qui vous a incité à réaliser cette initiative ?

La fédération développe depuis 2014 un pôle « Education à l’Environnement ». Dans cette optique, j’ai été embauchée en 2016 avec une autre personne pour structurer le service car il y avait encore peu d’outils pédagogiques. Notre objectif était donc de constituer un programme pédagogique complet en lien avec les programmes scolaires et également de développer quelque chose de plus ludique pour les extrascolaires et le grand public. Nos compétences tournant autour de l’eau et du milieu aquatique, nous avons développé ces axes dans ce programme d’animations.

 

Utilisation d’une sonde thermique – © FDAAPPMA 33

2. Sur quel type d’approche et sur quels outils repose le programme « Au fil de l’eau » ?

Nous souhaitions développer une approche expérimentale, en rendant les gens acteurs de l’animation, afin que l’apprentissage se fasse de façon différente. Nous souhaitions également quelque chose de participatif, afin que les personnes puissent se plonger entièrement dedans. Nous avons donc cherché comment réaliser cela. Pour le public scolaire, nous avons opté pour des diapositives interactives par exemple. Les enfants peuvent venir interagir avec le diaporama projeté sur un mur blanc et peuvent venir reconstituer le cycle de l’eau directement au tableau ou venir classer différentes espèces dans des catégories. Les outils comme la loupe binoculaire ou la sonde thermique sont, quant à eux, utilisés pour avoir une approche scientifique et transmettre ce que l’on fait au sein de la fédération et communiquer sur les métiers de technicien ou d’ingénieur. L’objectif n’est pas de susciter des vocations mais de montrer quels protocoles sont en place afin de récolter des données et comment ces données sont utilisées par la suite (par exemple par les pêcheurs, pour gérer les milieux  aquatiques, les niveaux d’eau etc.).

 

3. Combien de temps dure généralement une animation ?

Une animation en classe avec les maternelles dure en général 50 min à 1h et 1h15 maximum pour les sorties. Pour les primaires, la durée est d’1h30 en classe et 2h en sortie. Concernant les collèges, c’est plus aléatoire car nous sommes soumis aux emplois du temps et nous devons nous adapter selon les créneaux disponibles pour l’animation en classe ; les animations extérieures durent généralement 2h. Pour le grand public nous sommes sur des moyennes de 2h mais cette durée est très variable selon la sortie qui est prévue (utilisation ou non du canoé kayak par exemple).

 

4. Quelles ont été les étapes de votre projet ?

Dès le départ, nous avons mis l’accent sur l’école, puisqu’il était plus pertinent d’intervenir auprès de ce public. Nous avons donc tout d’abord construit un programme pédagogique, afin d’exposer aux enseignants quel type de prestation nous pouvions fournir. Après avoir pris connaissance des programmes scolaires, nous avons proposé une dizaine d’animations sur les milieux aquatiques déclinées en 3 cycles (maternelle, CP/CE1, CM1/CM2 et collège) . Dans un deuxième temps, nous avons décliné ces animations pour des publics extrascolaires. Enfin, les animations ont été adaptés au grand public et nous avons pu les cibler davantage sur la nature avec l’appui du département de la Gironde dans le cadre du programme « la Gironde se révèle ».

La première année 2016/2017 fut une année de test du programme pédagogique et des outils. Nous avons animé une première version de ce programme d’animation et en fin d’année scolaire nous avons soumis une évaluation de nos outils aux intervenants que nous avions rencontré. La fiche d’évaluation portée sur une critique de l’animation : les objectifs pédagogiques ont-ils été respectés ? Sont-ils atteignables ? Est-ce trop pour des cycles 1, trop léger pour des cycles 3 ? Les outils pédagogiques sont-ils adaptés ?

Chaque année on réévalue et on réactualise nos programmes et outils en fonction des retours de nos différents collaborateurs. L’année 2020 est la 5e année où le programme est mis en place ; les outils existants ne changent plus beaucoup mais de nouveaux outils apparaissent.

 

5. Comment s’est organisé le montage du projet et quelle place ont pris les partenaires dans sa conception ?

Les partenaires ont été principalement d’ordre financier avec un droit de regard sur les outils pédagogiques. Chaque année nous organisons un COPIL pour présenter l’avancée de ce programme et nous avons un retour sur ce qu’on propose. Nos partenaires ont également un rôle de ressource, notamment documentaire et informative (comme l’Agence de l’Eau ou bien la Région) nécessaire à l’établissement de nos animations.

 

Atelier d’identification des organismes pélagiques – © FDAAPPMA 33

6. Avez-vous rencontré des difficultés particulières dans la mise en œuvre de ce projet ? Comment y avez-vous remédié ?

La principale difficulté sur ce type de projet est de se faire connaître et par la suite de se faire reconnaître comme acteur de l’éducation à l’environnement. De par le nom de notre association, fédération de pêche, lorsque l’on se présente dans les écoles, les enseignant et les personnes pensent que nous venons faire de l’animation pêche et ne comprennent pas réellement que nous développons des programmes pédagogiques sur la nature. En allant à leur rencontre (directeurs d’établissements, enseignants, chargés de la jeunesse en communauté de commune…) et en leur présentant quelques-uns de nos outils, ils se sont rendus compte que notre objectif était réellement de sensibiliser sur la protection des milieux aquatiques. Tout d’abord nous intervenions de façon ponctuelle (1 ou 2 interventions) puis cela a bien fonctionné et aujourd’hui nous travaillons avec des écoles depuis 4 ans sur de véritables projets plutôt que des interventions (5 à 8 animations avec une classe). Maintenant nous sommes également reconnus par le département et nous sommes invités par des acteurs pour réaliser des stands de sensibilisation à la nature.

 

7. Depuis la publication de votre fiche dans le répertoire de l’ARB NA en 2019, est-ce que d’autres outils ont vu le jour ?

On a surtout étoffé l’offre pédagogique en l’alimentant de nouvelles animations. Par exemple, nous avons développé un outil autour des traces et empreintes des animaux qui vivent autour des milieux aquatiques (avec des moules d’empreintes de loutre et de héron que les enfants reproduisent). Tout lister est compliqué car nous avons étoffé des modules d’animations comme celui des insectes aquatiques avec des filets à papillons ou autre. Cette année, en 2020, nous avons répondu à l’appel à projet de Cap Science pour tester un escape game/chasse au trésor sur le changement climatique et son impact sur les milieux aquatiques. Cette animation, se déroulant sur deux sessions de deux heures, est construite mais pas encore testée. Elle est destinée au collège/lycée en premier lieu, puis si l’opération est concluante, nous verrons pour développer une version utilisable dans des journées grand public. Nous essayons de faire des choses en suivant les actualités environnementales et on réfléchit à développer des outils en lien avec la ressource en eau.

 

8. Quelles sont vos principales satisfactions liées à ce projet ?

La première année nous sommes allés à la rencontre du grand public et des enseignants pour se faire connaître. Nous avons par la suite organisé des animations dans une classe et le succès fut tel que l’ensemble de l’école a souhaiter que nous intervenions l’année suivante. Lorsque le bouche à oreille fonctionne de cette façon, on se rend compte que notre travail est apprécié et adapté et c’est là notre principale satisfaction. Nous intervenons également sur tout le département et cela prouve que l’on peut intervenir à une échelle beaucoup plus macroscopique que le local et toucher plus de publics différents. Concernant le grand public, lorsque des personnes viennent en famille et repartent en fin de journée en nous disant « j’ai appris quelque chose » ou « je ferai plus attention dorénavant » c’est également une grande satisfaction.  Concernant les maternelles et les élèves en élémentaire, nous sommes très sollicités par les structures scolaires.  Pour les élèves de 3e cycles, notamment le collège, la dynamique est plus fragile mais s’améliore d’année en année puisque nous avons par exemple travaillé avec 7 collèges cette année. En 2019, dans le cadre de ce programme, la fédération comptabilisait 897 animations environnements soit 9000 jeunes sensibilisées.

 

Atelier d’identification des organismes benthiques – © FDAAPPMA 33

9. Quelles sont les réactions du public liées à vos animations ? Le public se sent-il concerné par les questions de protection du milieu aquatique ?

Concernant les scolaires, nous constatons que les élèves sont relativement actifs lors d’animations extérieures avec les enseignants et cela permet un impact plus positif. L’environnement familial joue également un rôle, c’est-à-dire que les enfants dont la sphère familiale traite déjà de ce genre de thématiques sont plus avertis que les autres. Mais pour d’autres, peut être que le message que l’on passe servira à un moment ou un autre de leur vie. Dans tous les cas le message a été transmis.

 

10. Selon vous, cette démarche d’éducation à l’environnement pourrait-elle être reproduite sur d’autres territoires ? Si oui, dans quelles conditions ?

Les fédérations de pêche ont déjà reproduit ce type de programme et cela est transposable sur n’importe quel secteur mais il est nécessaire d’avoir de la matière dans le département (des milieux aquatiques proches d’établissements scolaires par exemple). Tous les ans nous avons une réunion avec les Fédération de pêche de Nouvelle-Aquitaine, certaines ont un pôle structuré comme le nôtre et d’autres ont un programme d’éducation à l’environnement moins développé. Certaines fédérations ont même des maisons de l’eau et de la nature qui accueillent du public en plus d’intervenir dans les écoles et auprès d’autres publics.

 

11. Quel message ou conseil souhaiteriez-vous partager aux autres acteurs de la région ?

Pour reproduire notre programme, il faut tout d’abord constituer une offre pédagogique bien ficelée afin de pouvoir présenter quelque chose aux futurs collaborateurs et ne pas hésiter à aller à leur rencontre. Cela demande du temps dans le développement des outils et la réflexion autour des programmes pédagogiques, la prospection et la rencontre avec les partenaires. Notre région a mis un accent fort sur l’éducation à l’environnement et nous sommes très soutenues politiquement donc il y a des opportunités. « Tout seul on va plus vite mais ensemble on va plus loin » et je pense également que ce genre de programme gagnerait à essaimer, dans une optique de reconnexion à la nature.

 

La Fédération de la Gironde pour la Pêche et la Protection du Milieu Aquatique (F.D.A.A.P.P.M.A. 33) est une association type loi 1901, gérée par un conseil d’administration représentants les Associations de Pêche Agréées (A.A.P.P.M.A.) de la Gironde.

La Fédération de Pêche de la Gironde possède des statuts validés par le ministère de l’écologie et est reconnue comme étant à caractère d’utilité publique et agréée au titre de la protection de la nature.

 

Pour aller plus loin :

Si vous le souhaitez, vous pouvez à votre tour faire connaître une ou des initiatives en téléchargeant la note explicative et en envoyant votre proposition via le formulaire en ligne. L’agence étudiera les textes au regard de critères d’éligibilité et vous accompagnera dans leur finalisation.