« Gérer l’inévitable »… c’est-à-dire limiter les effets négatifs des changements climatiques déjà observables en France, telle est l’ambition des politiques et stratégies d’adaptation de la France au changement climatique, selon le rapport de la mission sénatoriale.

Ce rapport présente en trois parties les évolutions climatiques actuelles et à venir d’ici 2050, leurs effets sur la santé, les milieux naturels et l’économie, les enjeux d’adaptation de la France, concernant notamment 4 chantiers prioritaires (1) territoires exposés d’outre-mer, littoraux et de montagne) ; (2) adaptation du bâti et de l’urbanisme ; (3) adaptation des politiques de l’eau ; (4) transformation du secteur agricole). Il aboutit à 18 propositions principales.

En ce qui concerne les dérèglements climatiques à l’œuvre, les manifestations observées ces dernières décennies sont donc :

– une hausse des températures moyennes sur l’ensemble du territoire, plus marquée dans l’est et surtout le quart sud-est de la France.

– des vagues de chaleur plus fréquentes, accompagnées d’une augmentation du nombre de journées estivales, caractérisées par une température supérieure à 25°C

– une modification du régime des précipitations, avec une baisse globale des précipitations sur la moitié sud du pays et une augmentation sur la moitié nord.

– la fonte des glaciers, châteaux d’eau de l’Europe, qui contribue à l’élévation du niveau de la mer, également due à la dilatation thermique des eaux marines.

Or les prévisions des différents scénarios du GIEC concernant l’horizon

2050 sont proches : les tendances observées devraient se poursuivre, et s’amplifier… Car selon les climatologues, les mesures d’atténuation des dérèglements mises en œuvre « aujourd’hui » ne porteront leurs fruits que sur la seconde moitié du siècle, compte tenu de l’inertie des systèmes climatiques…

Les incertitudes concernant le climat futur ne portent donc que « l’après 2050 », qui dépend des choix qui seront opérés par la communauté internationale en matière de réduction des gaz à effet de serre.

Certaines études mentionnées par ce rapport, portant sur l’horizon 2080-2100, considèrent cependant que le scénario le plus « probable » est celui d’une augmentation accrue des températures moyennes en toutes saisons, marquée par la répétition de canicules extrêmes « bien plus sévères que l’exception historique de 2003 » ; d’une généralisation des sécheresses sévères des sols, la situation « normale » de la fin du siècle pouvant correspondre aux extrêmes constatés aujourd’hui et concerner l’ensemble du territoire et des saisons ; d’un risque incendie étendu à l’ensemble du territoire, sur une période plus longue (80 à 100 jours par an dans le sud-est au lieu de 10 à 40 aujourd’hui) ; d’une aggravation des phénomènes de submersion et de l’augmentation des coûts liés aux risques naturels ; d’une baisse de la recharge en eau des nappes phréatiques, avec par exemple une diminution de 30 à 50% dans le sud-ouest à l’horizon 2046-2065 ; d’une baisse marquée du débit des cours d’eau, notamment sur les contreforts pyrénéens, du fait du manque de précipitations « utiles » qui alimentent nappes et plans d’eau par infiltration et ruissellement…

Les impacts seraient nombreux : impacts sanitaires directs (surmortalité ; 15 000 décès en 2003) et indirects (hausse des risques liés à la pollution, aux allergies, aux proliférations et contaminations de l’eau, à la propagation de maladies vectorielles ) ; impacts sur la fourniture en eau potable, le tourisme, les activités récréatives comme la pêche ou la production conchylicole (moins d’eau douce arrivant sur les zones côtières) et sur le secteur agricole, le plus touché… ; impacts sur les milieux naturels et les espèces, notamment aquatiques…

Sur le bassin Adour-Garonne par exemple (étude prospective Garonne 2050), une baisse de 50% des débits d’étiage objectifs à l’horizon 2050 provoquerait une augmentation du bouchon vaseux dans l’estuaire, la disparition des poissons migrateurs amphihalins et de nombreuses espèces des « eaux froides » comme la truite…, la disparition des zones humides en aval du bassin, l’augmentation de la température de l’eau et donc la diminution de l’oxygène dissous, l’augmentation des concentrations d’éléments toxiques du fait d’une dilution moindre…

Alors que l’adaptation des territoires aux changements climatiques sur le long terme nécessiterait selon les rapporteurs de prendre des précautions et des marges de sécurité, les stratégies telles que le deuxième Plan National d’Adaptation au Changement Climatique (PNACC2, adopté en 2018) ou les accords internationaux (Accord de Paris) se basent sur le scénario « optimiste » d’une augmentation de la température mondiale de 2°C, scénario peu probable étant donné que la tendance à la hausse des émissions se poursuit…

Par ailleurs, l’analyse des politiques publiques françaises fait état du manque de reconnaissance et de légitimité des politiques d’adaptation, ce qui engendre une mobilisation et appropriation insuffisante par les collectivités territoriales comme par les filières économiques de cet « enjeu urgent et majeur ». Qui plus est, ce sujet transversal serait insuffisamment abordé comme tel…

Les rapporteurs de la mission sénatoriale à la prospective mettent donc en avant l’importance de la recherche de consensus et de la construction d’une vision partagée, afin d’éviter le report des risques et vulnérabilités d’un secteur à l’autre par manque de coopération. L’exemple de l’eau est le plus parlant. Etant donné les impacts potentiels sur la disponibilité de l’eau, on imagine sans difficulté l’aggravation des conflits d’usage et des tensions pesant sur l’accès à la ressource !

L’amélioration de la coopération et de la gouvernance, nécessite donc, selon les rapporteurs de renforcer le rôle d’accompagnement de l’Etat et la portée des orientations stratégiques régionales, et de développer les capacités opérationnelles des intercommunalités. La question du financement de l’adaptation au changement climatique reste cependant en suspens, les sources potentielles de financement devant en effet être identifiées et quantifiées.

Pour conclure, les 18 principales propositions des rapporteurs sont axées sur les principes suivants :

– inscrire l’adaptation au changement climatique dans le débat public pour renforcer la connaissance et la légitimité de ses enjeux

– renforcer l’accompagnement par l’Etat des collectivités territoriales et des acteurs économiques

– accélérer la déclinaison des politiques d’adaptation dans les collectivités et filières économiques

– accentuer l’effort sur les 4 chantiers les plus sensibles et complexes (territoires exposés ; bâti et urbanisme ; politiques de l’eau ; transformation du secteur agricole)

Pour en savoir plus, consultez :

Le rapport de la délégation sénatoriale

La note de synthèse

L’infographie

Le Plan National d’Adaptation au Changement Climatique (PNACC 2)

 L’infographie « Comprendre le PNACC 2 »