Prélèvements d’eau : les derniers chiffres (2023) sont sortis !
Quelles sont les fonctions de l’eau ?
La ressource en eau, utilisée pour de nombreux usages, assure des fonctions différentes sur un même territoire :
- une fonction économique ou de production (irrigation pour l’agriculture, nutritionnelle pour la conchyliculture, soignante pour les établissements thermaux ou de thalassothérapie, génératrice d’électricité pour EDF…),
- une fonction résidentielle ou récréative (desserte en eau potable dans les villes, baignade pour les touristes…),
- et une fonction de conservation (maintien de la biodiversité des cours d’eau ou de la mer…).
Une partie de l’eau prélevée est consommée par absorption ou évaporation, et le reste des volumes est restitué aux milieux aquatiques après utilisation, mais en moindre quantité, et avec une qualité altérée. Les prélèvements ont donc des impacts sur l’état quantitatif et qualitatif des eaux, et donc le « bon état » des eaux.
Prélèvements et consommations d’eau : de quoi parle-t-on ?
Les prélèvements désignent la quantité d’eau soustraite au milieu naturel à un instant donné, tandis que la consommation correspond à la différence entre la quantité prélevée et la quantité non restituée dans le milieu, réellement consommée, absorbée. On peut aussi parler de prélèvements nets des restitutions.
Cette consommation est variable selon les usages :
- pour les centrales électriques, la quasi-totalité de l’eau prélevée est rendue aux cours d’eau en cas de circuits de refroidissement ouverts (c’est le cas pour la centre nucléaire de production d’électricité du Blayais, en Gironde), et environ un tiers du volume est évaporé pour les circuits fermés (40% en moyenne pour la centre nucléaire de production d’électricité de Civaux, dans la Vienne)
- pour l’eau potable, la part consommée correspond aux pertes et aux fuites lors du captage et de la distribution (20 % en moyenne à l’échelle nationale).
- On considère que la totalité de l’eau prélevée pour l’irrigation est absorbée par les plantes ou évaporée, sauf pour l’irrigation gravitaire pour laquelle 80 % de l’eau prélevée retourne aux milieux aquatiques.
- Pour l’industrie, le taux de 7 % d’eau consommée est appliqué.
On peut toutefois souligner que, majoritairement, l’eau ne retourne pas au même endroit où elle est prélevée.
Source : Rapport de synthèse, L’environnement en France – édition 2019
Les prélèvements d’eau douce en Nouvelle-Aquitaine
Les prélèvements d’eau douce s’élevaient à environ 1271 millions de m3 en Nouvelle-Aquitaine pour 2023 tous usages confondus, hors prélèvements d’eau saumâtre de la centrale nucléaire du Blayais dans l’estuaire de la Gironde (4043 millions de m3 restitués intégralement). Ceci représente le 4e total annuel le plus faible depuis 2008, avec une baisse de 6% par rapport à 2022, et un écart de -8% par rapport à la moyenne 2008-2022.
Les prélèvements nets sont estimés à environ 674 millions de m3 consommés en 2023, soit un peu plus de la moitié des prélèvements « bruts ».
Quelle est leur répartition pour les différents usages, par milieu d’origine, et au sein du territoire régional ?
Les prélèvements d’eau s’effectuent en majorité dans les eaux souterraines (à hauteur d’environ 60%), notamment pour la production d’eau
potable (79% d’origine souterraine ; ces ressources étant moins vulnérables) et les besoins agricoles, tandis que les eaux superficielles sont davantage sollicitées par l’usage industriel et la production d’énergie.
En 2023, à l’échelle régionale, ils se répartissent par usage de la manière suivante (hors production d’énergie du Blayais) :
- 43% pour l’usage agricole
- 39% pour l’alimentation en eau potable
- 9% pour l’usage industriel,
- 9% pour la production d’énergie
Cette répartition est très variable selon les secteurs, suivant les activités présentes et la démographie. Avec 283 millions de m3 prélevés en 2023, dont près de 75% pour l’usage agricole, le département des Landes représente à lui seul 22% des volumes prélevés dans la région. A l’inverse, seulement 10 millions de m3 ont été prélevés presque exclusivement pour l’alimentation en eau potable du département de la Creuse, soit à peine 1% du total régional. D’autres départements se distinguent également : du fait de sa population, la Gironde représente plus d’un quart des prélèvements régionaux dédiés à l’eau potable, soit 127 millions de m3 ; ce qui est à peu près du même ordre de grandeur que les volumes prélevés dans la Vienne pour la production d’énergie (112 millions de m3 en 2023 pour le refroidissement des réacteurs de la centrale de Civaux). Une autre spécificité est également à noter en Haute-Vienne, où plus de la moitié des volumes du département sont prélevés par l’industrie papetière (27 millions de m3 environ).
Quelle est leur répartition saisonnière ?
Il est estimé qu’environ 67% des volumes prélevés sur une année sont réalisés pendant la période d’étiage (ou période de basses eaux).
La coïncidence des étiages avec l’accroissement des besoins en eau en cette période estivale (pour l’irrigation principalement, ainsi que l’alimentation en eau potable sur les secteurs touristiques) suscite des déséquilibres structurels, soit des déficits chroniques de quantité d’eau. La pression exercée par les différents usages est d’autant plus marquée qu’elle intervient au moment où la ressource en eau est à son plus bas niveau.
Quelle est leur évolution à long terme ?

La tendance générale est à la baisse depuis une quinzaine d’années, avec une diminution des volumes prélevés estimée à -13% entre les périodes 2008-2010 et 2021-2023, tous usages confondus. Ceci principalement du fait d’une importante diminution des prélèvements industriels (-39%) grâce à l’amélioration des processus de production et à un certain ralentissement de l’activité à l’échelle nationale (selon le CGDD en 2017).
Les prélèvements pour la production d’énergie semblent diminuer également, mais dans une moindre mesure (environ -2,1 millions de m3 par période triannuelle), et avec une baisse conjoncturelle marquée en 2021-2022 du fait de l’arrêt prolongé de la centrale de Civaux pour des visites de sécurité.
Concernant l’usage agricole, la tendance est également à la baisse, avec une diminution estimée à -12% entre 2008-2010 et 2021-2023 mais l’évolution des prélèvements est très dépendante des conditions météorologiques et les variations interannuelles sont parfois marquées : prélèvements annuels allant de 451 millions de m3 (minimum en 2014) à 719 millions de m3 (maximum en 2016). Au-delà de la pluviométrie, différents facteurs peuvent contribuer à la variation des prélèvements pour l’irrigation : modification des espèces cultivées, évolution dans la répartition géographique des cultures, changements des pratiques… A titre de comparaison, les prélèvements pour l’irrigation de 2020 ont augmenté de 13% par rapport à 2010 au niveau national (CGDD, 2024), tandis qu’ils ont diminué de 9% entre ces deux mêmes années en région Nouvelle-Aquitaine (ARB NA – d’après les données de la BNPE).
Les prélèvements pour la production et la distribution d’eau potable semblent plutôt stables. Toutefois, compte-tenu de l’augmentation de la population (+0,4 % en moyenne chaque année entre 2014 et 2020 – Insee, 2023), les volumes prélevés par habitant diminuent.
Pour en savoir plus
Source principale de données : Banque Nationale des Prélèvements quantitatifs en Eau (BNPE)
Pour aller plus loin – rapports et autres productions de l’ARB NA à l’échelle régionale
Bilan(s) quantitatif(s) des ressources en eau de Nouvelle-Aquitaine. ARB NA, dernière édition 2023-2024
Cartes des volumes d’eau prélevés d’eau par commune de Nouvelle-Aquitaine sur l’atlas cartographique de l’ARB NA et carte(s) interactive(s) sur le Géoportail de l’ARB NA
Pour aller plus loin – rapports à l’échelle nationale
L’eau en France : ressource et utilisation – Extrait du Bilan environnemental 2024. SDES, 04/02/2025
Les prélèvements d’eau douce par usage en France en 2022. SDES, 05/03/2025
Les prélèvements d’eau douce : principaux usages en 2020 et évolution depuis 25 ans en France SDES, 05/06/2023
Prélèvements et consommations d’eau : quels enjeux et usages ? Note d’analyse n°136 de France Stratégie, avril 2024.
La demande en eau – Prospective territorialisée à l’horizon 2050. Note d’analyse n°148 (16p.) & rapport (160p.) de France Stratégie, janvier 2025
L’eau en 2050 : graves tensions sur les écosystèmes et les usages. Note d’analyse n°156 (16p.) & document de travail (82p.). HCSP, juin2025.
L’irrigation des surfaces agricoles : évolution entre 2010 et 2020. SDES, février 2024 – Datalab Essentiel (4p.).
