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Quand les centres de sauvegarde de la faune sauvage font avancer la science

Les centres de soins de la faune sauvage sont connus avant tout pour les soins qu’ils apportent aux animaux sauvages en détresse. Grâce à cela, ils participent activement à la protection de la faune sauvage, notamment en jouant un rôle de lanceurs d’alerte : ils signalent aux autorités et au grand public les nombreuses menaces pesant sur telle ou telle espèce (la canicule qui a décimé, entre autres, de nombreux martinets noirs en est la dernière illustration en date). Ce rôle de vigie, souvent méconnu du public, est pourtant essentiel.

Des données précieuses recueillies au fil des soins

Petit-duc scops (© Christian Bavoux)

Les centres de soins de la faune sauvage participent également à l’amélioration des connaissances sur l’état sanitaire de la faune en conservant par exemple en chambre froide des cadavres destinés à être autopsiés dans le cadre d’études spécifiques : analyse des contenus stomacaux, études anatomiques (sur la vision de tel ou tel taxon, par exemple), recherche de polluants phytosanitaires, ou encore mesure du taux de plombémie dû à l’ingestion de plombs de chasse chez les anatidés (espèces de canards) et les rapaces charognards. Ces analyses post-mortem, invisibles du grand public, permettent souvent de documenter des phénomènes de contamination ou d’intoxication qu’aucune autre source de données ne pourrait révéler aussi précisément.

Ils apportent ainsi leur contribution à diverses études scientifiques, ne serait-ce qu’en collectant, lors de la prise en charge des espèces accueillies, des informations précieuses une fois compilées : détermination du sexe et de l’âge de l’animal, cause de l’accueil, transmission des bagues et/ou des marques présentes sur les ailes aux muséums ou organismes concernés. Ces données, apparemment anodines prises isolément, deviennent, une fois agrégées à l’échelle nationale voire internationale, de véritables outils d’analyse pour les chercheurs qui étudient la dynamique des populations, les causes de mortalité ou encore les effets des activités humaines sur la faune sauvage.

Depuis sa création en 1982, le centre de sauvegarde départemental du Marais aux Oiseaux a eu à cœur de participer, très modestement, à diverses études scientifiques portant principalement sur les rapaces. Par exemple, à l’échelle départementale l’étude sur le busard des roseaux portait entre autres sur la détermination biométrique du sexe, le régime alimentaire en hiver, la chronologie et paramètres de la reproduction. A l’échelle de l’île d’Oléron, l’étude sur le petit-duc scops portait quant à elle sur sa biologie de reproduction, les Habitats fréquentés et le régime alimentaire des jeunes.

Busard des roseaux (© Christian Bavoux)

 

 

Le cigogneau miraculé du Marais aux Oiseaux : une histoire de survie sous haute surveillance

Le 18 mai 2026, le centre de sauvegarde de Dolus-d’Oléron a accueilli un cigogneau provenant d’un nid de cigognes blanches suivi en permanence par une webcam installée à Saint-Dizant-du-Gua, en Charente-Maritime dans le cadre d’un suivi scientifique. Ce suivi a débuté en 2019, mené par les équipes de BioSphère Environnement et du Centre d’Études Biologiques de Chizé (CNRS – Université de La Rochelle). Ils posent des balises GPS sur des Cigognes blanches se reproduisant sur les marais de l’estuaire de la Gironde. Dans le contexte du changement global (réchauffement climatique, assèchement et transformation des zones humides…) ce programme permet de documenter de manière précise les habitats que la Cigogne blanche utilise tout au long de son cycle de vie, d’étudier les capacités d’adaptation des oiseaux à ces changements, mais aussi de sensibiliser le plus grand nombre à l’importance de la conservation des zones humides. https://cigognesdesaintonge.wordpress.com/camera/

Ce cigogneau faisait partie d’une nichée de cinq. En mai 2026, trois d’entre eux ont été jetés hors du nid par le mâle, probablement faute de nourriture suffisante pour l’ensemble de la fratrie. Deux étaient morts avant même d’être expulsés du nid ; le troisième, apparemment indemne, a été transféré au centre de sauvegarde.

Après un peu plus de deux mois de soins, ce cigogneau, désormais équipé d’une bague DARVIC, va être relâché sur son site de naissance. Ce marquage, visible de loin, permet à toute personne de suivre et/ou d’enregistrer sur le site CiconiaFrance les observations des cigognes baguées sur le territoire français. Ce baguage permettra ainsi de suivre ce cigogneau et ses déplacements durant les années à venir.

Espérons que cet oiseau, condamné s’il n’avait pas été recueilli, s’en sorte : tout aura été mis en œuvre pour cela.

Cigogne blanche (© Christian Bavoux)

 

À titre indicatif, sur 119 cigognes blanches recueillies au centre au cours des vingt dernières années (2006-2025), 75 ont pu être relâchées. Les trois causes d’accueil les plus fréquentes sont les chocs contre des obstacles, la présence de jeunes non-volants tombés du nid, et la malnutrition. Autant de signaux qui, année après année, permettent aux centres de mieux cerner les principales menaces pesant sur cette espèce emblématique de nos territoires.