Besoin d'un conseil

L’été sans fin : le périple d’une femelle Autour des palombes

Octobre pointe son nez et l’automne s’annonce officiellement sur le calendrier, mais la réalité climatique est tout autre. Les pics de chaleur se sont succédé semaine après semaine, laissant derrière eux un été qui restera dans les mémoires comme l’un des plus éprouvants pour les écosystèmes. Cette année 2026 marque un tournant dramatique : canicules répétées, sécheresse persistante et pénurie d’eau transforment la vie en une lutte pour la survie. Les humains, les animaux et les végétaux souffrent comme jamais auparavant.

Un écosystème brisé empêchant des relâchers

Dans les centres de soins pour la faune sauvage, dont l’Arche de Marie dans les Deux-Sèvres, les accueils ont été multipliés en nombre. Parmi les pensionnaires, de très jeunes rapaces sont arrivés par dizaines, déshydratés et seuls survivants de fratries entières décimées par la chaleur. Les survivants ont été nourris et élevés avec soin, et ils ont pu grandir sereinement. Ceux-là ont eu de la chance !

Mais au moment où leur retour à la vie sauvage aurait dû être célébré, un obstacle inattendu s’est dressé : après la première canicule, puis la deuxième, la troisième, la quatrième, le garde-manger de la nature s’est vidé. Peu d’insectes, peu de petits rongeurs, peu de fruits, peu de graines. Il a fallu garder ces jeunes oiseaux plus longtemps que prévu, avec le peu de place disponible, des frais de nourriture qui grimpaient, et leur impatience de connaître la liberté.

À l’Arche de Marie, comme dans les autres centres, tout a été donné : peu de sommeil, beaucoup de temps, de patience et d’inquiétude pour sauver un maximum d’animaux.

Opération BELLE – du poussin au rapace majestueux

©L’Arche de Marie

Dès les premiers jours de canicule, des dizaines de poussins de rapaces, ainsi que des martinets et des hirondelles par centaines, ont afflué.

Parmi eux, un poussin confié par le CNRS de Chizé, si petit qu’il tenait dans un bol, s’est avéré être un très jeune Autour des palombes, une espèce de rapace rare dans la région. Affaibli, déshydraté, incapable de tenir sa tête… il a été nourri plusieurs fois par jour avec une patience infinie et a peu à peu repris forme. Le jeune rapace s’est mis à grandir exagérément et à manger deux à trois fois plus que les autres. Son duvet a laissé place à de belles plumes sur de grandes ailes, et haut sur pattes, il est devenu majestueux !

Autour de lui, d’autres rapaces grandissaient également : faucons, milans, buses, bondrées apivores…

De la volière à la liberté sous haute surveillance

Cette magnifique femelle a intégré la volière de prélâcher. Pas très fière, seule dans cette grande cage, elle aurait volontiers dévoré ses voisins de captivité, dont il a fallu l’éloigner.

©L’Arche de Marie

 

Lors des nourrissages, son instinct de chasse s’est imposé à elle. Au bout de quelques jours, elle était prête à être relâchée. Comme elle a été amenée par le CNRS de Chizé, ils l’ont équipée d’un émetteur GPS avec un capteur solaire et l’ont baptisée « opération BELLE ». Dans un premier temps, elle n’a pas bougé, boudant sa nourriture. Six jours plus tard, elle était enfin prête à découvrir la liberté. Elle a d’abord observé les alentours puis, d’un grand coup d’aile, s’est perchée sur les grands chênes avant de disparaître quelques minutes plus tard. Sa grande aventure commençait !

©L’Arche de Marie

 

Le GPS par satellite a suivi sa position deux fois par jour, puis désormais 1 fois par jour. L’Arche de Marie et le CNRS de Chizé la suivent avec l’inquiétude qu’elle ne se nourrisse pas correctement et que tous les efforts ne soient réduits à néant. Aujourd’hui, partie de Chizé, elle a rejoint Blaye, volant à plus de 700 mètres d’altitude et faisant des pointes de vitesse phénoménales.

Cette chaîne de soins a payé, et chaque maillon a permis de transformer cette aventure en réussite. Remerciements à Alexandre, Étienne, Charlie, Marie, ses stagiaires et ses bénévoles, Bruno, Jean-Marie, David, Yoann et Antonin, qui ont ramassé, nourri, nettoyé et relâché ce bel oiseau.

©L’Arche de Marie