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Faire converger les intérêts économiques et les intérêts écologiques

L’étude des liens entre les filières économiques et l’environnement de l’Agence Régionale de la Biodiversité de Nouvelle-Aquitaine

L’Agence Régionale de la Biodiversité de Nouvelle-Aquitaine a pour mission d’accompagner les filières économiques et entreprises de la région à prendre en compte les enjeux de biodiversités et d’engager des actions en faveur de sa préservation avec le programme Entreprises Engagées pour la Nature  et le projet Biodiv’France. Dans le cadre du projet Biodiv’France, l’Agence Régionale de la Biodiversité de Nouvelle-Aquitaine va coordonner une étude, réalisée par un groupement de prestataires externes (I Care (mandataire), APESA et Métapolis). L’objectif central de cette étude est de mieux comprendre les liens entre la sphère économique et la sphère écologique en Nouvelle-Aquitaine, à savoir les liens de dépendances aux services écosystémiques, et les impacts sur l’environnement. Cela sera réalisé grâce à plusieurs éléments :

  • Modélisation des flux physiques et monétaires réalisés par les filières de la région
  • Etablissement d’une vision d’ensemble des interactions entre les activités économiques et les services écosystémiques
  • Mise en évidence des vulnérabilités à l’environnement croisées entre différentes activités économiques
  • Etablissement d’une vision d’ensemble des principales pressions sur l’environnement exercées par les activités économiques
  • Etablissement d’une hiérarchisation globale et spatialisée des filières et chaînes de valeur ayant les impacts les plus forts
  • Mener une concertation avec les acteurs régionaux des différentes filières pour l’appropriation des résultats de l’étude et la co-construction d’objectifs visant à répondre aux principaux enjeux retenus

C’est une étude à caractère exploratoire, dont le but est d’appuyer l’Agence Régionale de la Biodiversité de Nouvelle-Aquitaine pour son accompagnement des filières économiques de Nouvelle-Aquitaine à la prise en compte des enjeux de l’environnement dans leurs stratégies. Les résultats seront diffusés publiquement, accompagnés de l’ensemble des méthodologies et des données utilisées, dans le but de rendre ces travaux parfaitement réplicable et appropriable par d’autres territoires.

Les pistes de travail de l’Agence Régionale de la Biodiversité de Nouvelle-Aquitaine

Les résultats de cette étude serviront à l’Agence Régionale de la Biodiversité Nouvelle-Aquitaine pour rapprocher les intérêts économiques et écologiques, qui sont très souvent opposés les uns aux autres, et pensés séparément. Montrer que l’activité économique est tributaire d’un environnement fonctionnel est un des leviers de changement de pratiques des entreprises et de leurs filières économiques associées. Créer ces liens entre l’économie et l’écologie est l’objectif sur lequel travaille l’ARB NA, qui servira ensuite à intégrer les enjeux de biodiversité dans les stratégies économiques des filières, et à encourager des changements de pratiques. Trois blocs de connaissances sont nécessaires à mobiliser pour créer ces liens entre économie et écologie.

Figure 1 Schéma représentant les sphères économiques et écologiques, ainsi que leurs liens et interrelations

Le premier bloc (vert sur le schéma) représente la sphère écologique, et vise la compréhension de la structuration des écosystèmes en Nouvelle-Aquitaine. Chaque espèce participe à un ensemble d’interactions avec les autres espèces, formant ainsi des réseaux trophiques. Ces ensembles d’interactions participent à la structuration des habitats et à la production de services écosystémiques. Par exemple, les interactions entre les plantes et les insectes pollinisateurs permet de participer à la pollinisation sauvage. En s’appuyant notamment sur les bases de données FAUNA et GLOBI, représenter les interactions entre les espèces de Nouvelle-Aquitaine permettra de mieux comprendre l’importance de certaines espèces dans les écosystèmes de la région.

Le deuxième bloc (rouge sur le schéma) représente la sphère économique et vise la compréhension fine de l’architecture et de l’organisation des filières économiques. Cela passe par deux informations principales, à savoir les flux d’échanges entre les entreprises (qui achète et vend à qui) et les flux physiques (à savoir quelles matières premières sont nécessaire pour construire un certain type de produit). Ces deux informations sont essentielles pour comprendre la structuration d’une filière économique. Ce bloc de connaissance sera construit grâce à une étude réalisée par les bureaux d’études I Care, APESA et Métapolis. Ces informations seront obtenues via l’utilisation de bases de données génériques (non spécifiques à la Nouvelle-Aquitaine), comme par exemple, EcoInvent, Agribalyse ou Exiobase, puis seront confrontés aux réalités régionales, via notamment des entretiens qualitatifs avec des acteurs régionaux.

Le troisième bloc (bleu sur le schéma) représente les interactions entre la sphère économique et la sphère écologique. En grande partie, ces interactions sont issues des services écosystémiques. Ils correspondent à l’ensemble des actions réalisées par la nature dont les sociétés humaines se servent, et sont produits par les écosystèmes et les différentes espèces les composant. Ces services écosystémiques représentent l’interface entre la sphère économique et la sphère écologique. L’Agence Régionale de la Biodiversité de Nouvelle-Aquitaine, dans le cadre du projet Biodiv’France, va chercher à expliciter deux types de liens, qui sont des enjeux majeurs pour lier les sphères écologiques et économiques :

  • Les liens entre les espèces et milieux naturels, et la délivrance des services écosystémiques, en s’appuyant notamment sur des bases de données et travaux de recherche en écologie.
  • Les liens d’impacts et de dépendances entre les écosystèmes de Nouvelle-Aquitaine et l’activité économique, en s’appuyant notamment sur l’étude mené par les bureaux d’études I Care, APESA et Métapolis. L’activité économique est dépendante de la biodiversité, et pourrait tout simplement ne pas exister dans sa forme actuelle sans les services rendus par les écosystèmes. Par exemple, l’agriculture dépend de la pollinisation sauvage, le tourisme dépend de la qualité des espaces naturels et les écosystèmes réduisent les dégâts des catastrophes naturelles (inondations, sécheresse, etc).

Certaines activités économiques ont des impacts délétères sur ces écosystèmes, comme par exemple l’agriculture intensive, basée sur les pesticides, les engrais de synthèse et la monoculture ; la sylviculture intensive, généralement basée sur des coupes rases ; ou l’extraction minière. D’autres activités économiques ont des impacts positifs sur ces écosystèmes, comme par exemple la sylviculture mélangée à couvert continue , ou l’agriculture biologique.

L’analyse de réseau constituera un élément majeur utilisée par l’ARB NA pour relier les sphères économiques et écologiques. Basé sur la théorie des graphes, ce type d’analyse permet de représenter des relations sous formes de réseaux de points et de liens. Par exemple, les échanges entre entreprises peuvent être représentés par des points (les entreprises) et des liens (les échanges entre ces entreprises). Les relations entre les espèces (réseaux trophiques) peuvent être représentées par des points (espèces) et des liens (relations entre ces espèces, comme la prédation par exemple). Passer de systèmes très complexes tel que des systèmes économiques ou écologiques à des représentations simples et visuelles en réseaux permet de mieux comprendre les structures de ces systèmes et leurs organisations. Par exemple, dans un système économique, cela permet de détecter les acteurs clefs. Dans un système écologique, cela permet de détecter les espèces clefs pour la stabilité du système, et donc dont la préservation est essentielle à la pérennité de la production des services écosystémiques. Ces représentations visuelles ont pour but de comprendre finement les liens entre les sphères économiques et écologiques.

La mobilisation de ces réseaux permettra de comprendre finement les liens entre les sphères économiques et écologiques en région Nouvelle-Aquitaine. Par exemple, une activité économique peut reposer essentiellement sur un service écosystémique en particulier, lui-même produit grâce à quelques espèces sauvages. La protection de ces espèces est donc essentielle pour cette activité pour assurer la pérennité de la délivrance de ce service écosystémique.

Ces réseaux pourraient également permettre de mettre en évidence la vulnérabilité de filières économiques vis-à-vis de l’environnement, via la réalisation de scénario de test de résistance (stress test). Par exemple, quelles pourraient être les conséquences sur une filière économique si une espèce venait à disparaître de Nouvelle-Aquitaine, et via quels vecteurs ? Ce type d’interrogation ont des implications très concrètes pour la durabilité des entreprises, et pourrait être mis en évidence avec ce type d’atelier. L’enjeux ici est de faire prendre conscience de la dépendance d’un secteur d’activité à l’environnement qui l’entourent, et de sa vulnérabilité vis-à-vis de celui-ci. Dans le but de favoriser par la suite la mise en place de pratiques favorisant la préservation de l’environnement et de ses productions, les services écosystémiques, comme par exemple la priorisation des intrants issues de labels garantissant une meilleure protection de l’environnement dans la production, comme par exemple les labels AB ou FSC.

 

 

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